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Hamac, aigle et coups de soleil.

Temps de lecture : 6 minutes

Jonas, responsable de formation chez Cyclofix, raconte son périple à vélo de Paris à Saint-Malo en passant par le Mont Saint-Michel

A vue de nez, 400 bornes. Mon côté arrogant pense d’abord le faire en deux jours. Je penche finalement pour la prévoyance et en prévois trois. Heureusement.

Paris-St Malo, en passant par le Mont St Michel. Pourquoi? Pour rouler, longtemps. Et pour découvrir la Véloscénie, véloroute reliant Paris au Mont. Ce genre de voie protégée est malheureusement si rare en France que le simple fait qu’elle existe me la rendait attrayante. Et je n’avais jamais vu le Mont St-Michel.

Comment ? Trois jours d’autonomie presque complète, en solo, en dormant dans mon set-up chéri, hamac+tarp, caché dans la forêt.

Un bus me ramènera de St Malo le Jour 4, au petit matin.

Voici mon destrier :

J’en suis plus que satisfait.

Prévisions pour ces 3 jours: soleil au beau fixe, vent plein Ouest. Nickel. J1, 8 heures, la route est prise. Le début du trajet est assez ennuyeux et morne. La journée se compose d’une alternance de départementales et de frayeurs sur des nationales, auxquelles je suis apparemment damné à être ramené par un Google Maps farceur.

Je me rends compte que j’ai pensé à tout sauf une fourchette.

Tout se déroule sans trop d’accrocs jusqu’au km 150. Je suis victime d’une grosse fringale. Je n’ai pas assez mangé, mes réserves d’eau sont presque vides, je suis au milieu d’une forêt… Je commence à trembler, mes jambes sont en bois, ma vue se trouble légèrement. Le soleil tape dur, il est haut, les arbres ne me protègent que très peu.. J’ai trop forcé. Je m’allonge contre un arbre, dévore mes ultimes barres de céréales et patiente en espérant qu’un autre cycliste ou randonneur puisse me dépanner d’au moins un peu d’eau. Je m’endors presque. Au bout d’une demi-heure, personne, mais le simple repos m’a redonné des forces. Je continue, tout doucement, le coup de pédale est mou. Je dois offrir un triste spectacle. Ma fierté est sauve, les spectateurs sont absents.

A la sortie de la forêt, un cimetière providentiel. Je me rue sur la fontaine, m’asperge la tête d’eau, j’ai le crâne qui fait boum boum, pire qu’une boite de nuit. Mes bidons remplis, je quémande un peu d’aspirine dans une ferme. On me le donne gracieusement, je les sens inquiets de me voir repartir, je dois être un peu pâle, malgré le soleil.

Requinqué, je repars. Je ne vais pas rouler beaucoup plus longtemps, je cherche juste un commerce ouvert pour pouvoir enfin engloutir un repas chaud. Mon royaume pour une pizza. Après une quinzaine de kilomètres, un village, en haut d’une colline. Dernier effort. Pizza 3 personnes avalée avec une rapidité déconcertante. Café clope mérité. Cette journée est presque bouclée, je pars à la recherche d’un coin pour camper. Un petit bosquet, offrant discrétion et furtivité, fera l’affaire. Le campement s’installe, doucement.

A la tombée de la nuit, des biches, hérissons et écureuils me rendent visite. J’apprécie beaucoup cette fatigue physique si confortable que je ressens. Je m’endors comme une pierre, j’ai de toute façon l’intention de me lever tôt, le soleil se chargera de mon réveil. Les paupières lourdes, les jambes lessivées, je m’endors. Demain, la véloroute.

J2, 7h30, je suis parti. Je ne connais pas beaucoup de sensations plus agréable que de rouler en rase campagne au petit matin. Essayez.

A la sortie de St Julien-les-Langis, le petit panneau tant attendu qui balise le trajet de la véloscénie est là, planté à l’entrée d’un chemin de terre mystérieux, bordé d’arbres tout du long. Je m’y engouffre avec enthousiasme. Après quelques bornes, believe me or not, un aigle surgit d’entre les arbres et vole quelques instants juste devant moi, calé sur ma vitesse. Son envergure était telle que le bout de ses ailes ne passait qu’à quelques centimètres des branches. Je vous jure qu’il a à un moment tourné la tête et que nos regards se sont verrouillés.

Il n’a pas du aimé ma tronche parce qu’il a disparu aussitôt. Papa, Maman, j’arrête le crack bientôt.

La deuxième moitié du trajet était en grande partie une succession de collines, assez ardues en plein cagnard. Leçon du jour précédent retenue, j’avais prévu assez de vivres, d’eau et de pauses ce coup-ci. Le soleil ne rigolait pas cet après-midi-là, ma peau d’Allemand étant, pour le dire pudiquement, assez sensible, je me pshittais de la crème solaire toutes les heures, tout en roulant, sur les jambes. Malgré cela je les sentais brûler.

Je roulais non sans effort, mais de manière plus fluide. Être à l’écart des voitures, j’en suis persuadé, offre un répit nerveux non négligeable et permet de rouler plus longtemps.

Km 170, Mortain, seule vraie ville du coin, n’est pas loin. Je veux dormir à ses abords, mais surtout m’y restaurer. Je demande mon chemin à un couple d’octogénaires souriants qui m’indiquent le village comme étant à quelques kilomètres seulement. Parfait, dernier effort.

Pas si simple en réalité. Ces quelques bornes ne sont que des côtes impitoyables. Je commence à me demander si ce sourire était narquois. Je mets presque une demi-heure à enfin atteindre Mortain, dégoulinant. Je n’en suis pas fier mais j’ai du poser le pied à terre plusieurs fois pour y arriver, malgré les encouragements des cyclistes qui filaient vers la vallée. J’ai mal aux jambes et à l’ego.

Mes sacoches remplies de vivres, je continue mon ascension vers le bout du bout de la colline. Une chapelle s’y trouve apparemment, au milieu des bois, m’indique des autochtones. Je monte, je monte, en pestant tout du long contre ces pentes si cruelles. Mais, arrivé à la chapelle, je me calme instantanément. La vue est imprenable.

Je peux même voir le Mont St Michel, tout petit point sur l’horizon, à 50 km. St Malo à 100. Le campement en place, je mange tranquillement et regarde le soleil se coucher doucement.

J3. Je me réveille aux aurores, engloutis deux pains au chocolat et un café double, puis file vers la mer. Alors que je n’ai croisé que très peu de cyclistes sur tout le tracé, j’use beaucoup de ma sonnette sur ce dernier tronçon.

Mon arrivée au Mont est bien moins spectaculaire que ce que j’imaginais. A l’entrée de la digue, une cohorte de touristes bruyants, grouillants. Des files de cars, bouchant toute la route, déversant des vagues de vacanciers suintants. L’accès au mont est interdit aux vélos, je ne veux pas l’attacher et laisser mes sacoches sans surveillance. Il y a trop de bruit, d’énervement, de voitures. Je suis pris à la gorge, après ces si belles journées de sérénité et de calme, cette ambiance me dégoûte.

Je me sauve, un peu triste. La vie est longue, le mont ne bougera a priori pas, j’y retournerai, j’ai fait ce voyage pour la route, je reviendrai pour visiter.

Je roule le long de la baie, direction St Malo. La marée est basse, je décide de m’aventurer vers la mer, dans les marécages. Je m’enlise.

J’ai retrouvé le calme. J’en profite et continue ma route.

Km 420, je suis sur les remparts de St Malo.

Les rues grouillent de monde, prévisible. Je traverse la foule et en ressort avec une galette et un kouign amann. La dégustation se fera sur la plage. J’y passerai la fin de la journée, à observer les vagues, les passants, le ciel. La fatigue procure une capacité de contemplation béate, pas de l’ennui mais plutôt une mini méditation. Je me fais finalement chasser par des mouettes à la digestion facile.

Les forêts étant rares près de St Malo, et ne pouvant trop m’éloigner du centre car mon bus partira très tôt, je me contente de deux arbres sur le port. J’y dormirai à la vue de tous, sans être dérangé le moins du monde. Je m’endors serein.

Merci à mon beau vélo, que j’ai construit et qui me construit.

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