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Tour d’Europe à vélo : le projet Vélowtech

Temps de lecture : 10 minutes

En opposition aux technologies de pointe (high-tech), le mouvement low-tech se définit comme un ensemble de technologies utiles et durables. Le vélo est le parfait exemple de ces technologies qui se veulent simples et accessibles. De ce constat est né « Vélowtech ». Derrière ce jeu de mot se cache un projet d’envergure, basé principalement sur le voyage à vélo, mais aussi sur l’ingénierie et le partage. Pour vous, on s’est entretenu avec Etienne, Solal et Léo, 3 passionnés d’aventure que l’on peut suivre dans ce trip à vélo d’un genre tout particulier. Leur objectif ? Traverser l’Europe à vélo en 6 mois. Au moment de notre entretien, ils sont en Finlande. Étienne n’est pas du rendez-vous. Pour des raisons personnelles, il a dû rentrer juste avant d’atteindre Helsinki.

Etienne, Léo et Solal vous présentent ce qu’est Vélowtech

Cyclofix : On remarque l’absence d’Etienne. Le fait que vous ne finissiez le projet qu’à 2 a changé quelque chose à ce que vous aviez initialement prévu ?

Solal : Initialement, une grande partie du projet est axée sur des initiatives du type « rencontre avec des classes de primaire » pour  sensibiliser les plus jeunes à l’écologie tout au long de notre itinéraire. C’était plus simple à 3. Pour cette fin de parcours qui se fait en binôme, on va essayer de mettre plus en valeur l’aspect cycliste du projet. Léo fait beaucoup de vidéo et de montage, moi plus de photos… On va essayer de partager un maximum.

Léo : Récemment, on a eu l’idée de créer un peloton qui nous rejoindrait depuis Amsterdam, ou après, pour la traversée des derniers kilomètres. Notre objectif est d’arriver à Paris le 13 août. On souhaite initier au vélo de voyage, et promouvoir ce moyen de déplacement en montrant que ce n’est pas que de la difficulté technique insurmontable. Ce voyage a pour vocation de montrer que le vélo est une liberté folle.

Cyclofix : Vous parlez beaucoup de la dimension pédagogique du projet. Qu’est-ce qu’elle vous a apporté ?

Solal : On voulait partir pour plus qu’un voyage. Le concept Vélowtech existe depuis longtemps. Actuellement il y en a au moins 4. Nous ne sommes donc pas les seuls. 

D’après nos centres d’intérêts, c’était logique d’adopter ce projet. À titre personnel ça nous pousse à revoir nos modes de consommation d’énergie, la façon dont on se nourrit, nos modes d’habitat …

Léo : On voulait absolument que ce voyage se fasse en Europe, et qu’il tourne autour de l’environnement, de l’aventure, de l’ingénierie, du sport, et de la pédagogie. C’est un accomplissement.

On sent que ce qu’on fait est utile, que c’est quelque chose d’impactant, au moins pour les gens qu’on rencontre. Ça nous aide à avancer.

– Léo du projet Vélowtech
Etienne, Léo et Solal face à une classe d'élèves de primaire
Le projet Vélowtech est aussi né pour éveiller les plus jeunes au sujet de l’environnement

Cyclofix : Vous êtes des passionnés de vélo à la base ? Le défi sportif de faire ce voyage est important pour vous ?

Leo : Solal est un ami de longue date. Il a rencontré Étienne durant ses études et me l’a présenté à l’occasion d’une randonnée à laquelle on a invité des amis. Le courant est très vite passé entre nous. On a rapidement compris qu’on fonctionnait très bien en groupe et qu’on avait en commun un attrait pour l’aventure, l’autonomie, la débrouillardise, et les sports d’extérieur. Étienne avait déjà fait des voyages à vélo et moi je suis cycliste urbain. Malgré tout, on ne se considère pas comme des passionnés de vélo. Personnellement, avant de partir je n’avais jamais pédale sur plus de 60km. 

Solal : Comme le dit Léo, on est plutôt de grands fans de randonnées, de sport à l’air frais ! Quand on veut goûter au voyage en restant dehors autant que possible, le vélo s’impose comme une évidence. Faire le Tour de l’Europe tranquillement, à notre rythme, c’est cool. Mais c’est très différent de l’expérience qu’est une course comme le Tour de France où de véritables cyclistes passionnés s’affrontent dans une course que tous veulent gagner.

Cyclofix : Au sujet de l’avant voyage, entre le moment où vous avez décidé de vous engager dans ce projet, et votre départ effectif, combien de temps s’est-il écoulé ? Comment vous êtes vous préparés ?

Solal : Il s’est passé très peu de temps entre le moment où on a décidé du projet et le moment de notre départ. On n’est pas des personnes qui hésitent à se lancer dans quoi que ce soit, mais plutôt des fonceurs. On a cherché autour de nous des retours d’expérience de personnes qui avaient déjà voyagé à vélo. Et puis voilà.

De droite à gauche : Solal, Léo et Etienne. Si ils sont habillés aux couleurs des Totally Spies, c’est parce qu’ils ont pour mission de parcourir 10 000 km en 6 mois.

Léo : On est de très bons amis et on a confiance en notre motivation. Étant 3 personnes débrouillardes, on savait que s’il y avait un problème, on trouverait un moyen de le régler. Le voyage à vélo est une pratique répandue. Il y a des gens qui ont fait le tour de l’Asie, de l’Afrique, ou même du monde à vélo, sans nécessairement être des professionnels de la mécanique. En partant de ce constat, un tour d’Europe paraît beaucoup plus simple. Jusqu’ici on a passé au maximum 5 jours loin d’une ville, mais jamais dans des conditions extrêmes.

Cyclofix : Vous êtes quasiment à la fin du voyage. À quels problèmes techniques est-ce que vous avez dû faire face ?

Solal : Avant même de partir, équiper mon vélo a été difficile parce que le départ avait lieu dans une période de pénurie pour le secteur du cycle. Je fais 1m90. Trouver un vélo à ma taille, ce n’est pas évident. Il est conseillé de ne pas prendre un vélo trop cher pour qu’il ne soit pas trop difficile à réparer. Par exemple moi j’ai des freins à disque, c’est plus compliqué à réparer que des freins à patin. Le mieux pour voyager est un vélo robuste mais pas nécessairement cher.

Léo, Etienne et Solal en Slovénie
De droite à gauche : Léo, Solal & Etienne face à leurs vélos en Slovénie

Léo : Personnellement, j’ai acheté un vélo pour le projet 1 mois avant le départ, et je me le suis fait voler. J’en ai trouvé un autre assez rapidement, mais ça a quand même été stressant, surtout avec la pénurie de vélo qu’évoque Solal. Je précise qu’on les a tous achetés d’occasion.

En chemin on a eu des crevaisons, mais on s’en est bien sortis pour ces réparations. Actuellement, c’est un peu plus compliqué pour moi. J’ai un pneu qui s’est complètement déchiré. Cette hernie du pneu est survenue 300km avant qu’on atteigne le Cap Nord. Sur cette route-là, il n’y avait pas de magasin ou d’endroit où j’aurais pu trouver une solution de réparation. D’autant plus que les dimensions de ce pneu ne sont pas faciles à trouver là où on est (en Finlande). J’en ai commandé un dans une ville qu’on rejoindra dans une semaine. Mais se faire livrer n’est pas l’idéal dans notre situation. Il arrive que les livraisons n’arrivent pas à date… Sans adesse fixe, c’est une vraie galère. On verra comment cela se passera.

D’ici là je roule, mais difficilement, et sans être trop chargé. Il faut que ça tienne. On a démonté le pneu et on a mis du scotch à l’intérieur pour éviter que la chambre à air ne soit dehors quand elle sort. À défaut de pouvoir faire appel à Cyclofix, on adopte le système D.

Solal : Au bout de 7000 km, on a eu tous les 3 le même problème quasiment au même moment : nos cassettes ont lâché. On s’est arrêté pour en racheter. Pas le choix.

Sur la route j’ai dû faire changer les freins, et  j’ai eu un problème avec le garde boue de mon vélo qui frottait contre le pneu. J’ai réussi à arranger ça en perçant 2 trous et en l’attachant au cadre avec un fil de fer pour qu’il reste bien collé au cadre. Ça a tenu !

Léo : Quand on s’arrête dans un magasin pour faire réparer nos vélos c’est que le problème est majeur. Sinon, on se débrouille.

Cyclofix : Y en avait-t-il un parmi vous qui avait des notions de mécanique cycle ?

Solal : Non. Pour ça, YouTube a beaucoup servi. Réparer une chaîne de vélo par exemple, on ne l’avait jamais fait. À l’aide d’un petit tutoriel on s’en est bien sortis.

D’ailleurs en Finlande on est tombés sur une boutique de réparation où un mécanicien nous a proposé d’aller acheter le nécessaire, avant d’aller chez lui pour qu’on y fasse des réparations sur nos vélos. On est allés chez lui, et en une demi-heure il avait tout réparé. Le vélo c’est vraiment un milieu d’entraide. C’est quelque chose que ce voyage a mis en évidence pour nous.

Léo : De toute manière, expert en mécanique ou pas, quand on voyage à vélo et qu’on rencontre un pépin mécanique, il faut le régler. C’est une obligation parce qu’on parle de notre moyen d’avancer. On n’a pas trop le choix…

Cyclofix : Vous partiez totalement novices et vous rentrez avec des notions de réparation. Vous diriez que ce voyage vous a un peu formé en la matière ?

Léo : Oui c’est sûr. On n’est pas encore des experts,  mais on en sait plus sur la réparation cycle qu’au moment de notre départ. Finalement on se rend compte que ce n’est pas sorcier. On n’a plus peur de faire par nous même.

Etienne répare son vélo avec l'aide d'un autre homme
Etienne en pleine réparation cycle

Cyclofix : Si on en revient à un aspect purement voyage, combien est-ce que ce tour d’Europe à vélo vous a coûté en tout ?

Solal : Avant le départ, on a mis 900€ chacun dans nos vélos. Pour les sacoches, on a dépensé 400€ par personne. Ensuite on a traversé des régions très différentes. Le sud de l’Europe coûtait moins cher que le nord par lequel on passe actuellement.

Au total, on a dépensé entre 500 et 600€ par mois et par personne.

– Solal du projet Vélowtech

Ça inclut les logements et la nutrition. Là on est en été donc soit on dort chez des gens, soit on campe. Pour autant, ce qu’on payait en logement dans le sud, on le dépense désormais dans nos vélos. Ils ne sont plus tout neufs et on les sollicite quotidiennement… L’entretien ça se paye.

Cyclofix : En termes d’équipement y a-t-il des choses que vous regrettez de ne pas avoir emporté ?

Solal : Non. Concernant les sacoches, on a opté pour la marque  Ortlieb parce qu’on avait entendu dire que c’était les meilleures. C’est ça ou Vaude.

Léo : On a emporté une petite sacoche de réparation avec l’essentiel : multitool, de la graisse pour la chaîne, pas mal de vis et de boulons (ce sont des pièces qui sautent régulièrement). On a des chambres à air d’avance, mais pas de pneus. On s’est dit qu’en Europe ce n’était pas nécessaire, ce ne sont pas les routes les plus compliquées.

Cyclofix : Vous êtes à l’étranger donc vos habitudes alimentaires ont dû changer, mais est-ce que vous avez été contraints de manger en fonction de l’effort physique fourni ?

Léo : Oui. On s’est rendus compte qu’on dépensait environ 5000 calories par jour. On doit compenser en mangeant des quantités assez folles, donc on fait beaucoup de gros repas.

Solal : Dans le sud la vie n’était pas très chère donc on ne réfléchissait pas tant que ça à ce qu’on allait manger. Dans le nord, aux vues des prix on essaie de manger le plus pour le moins cher possible. On se retrouve à acheter des fromages qui font plus d’1 kg parce que c’est économique.

Le soir pour un repas par exemple, on va manger 400 grammes de pâtes par personne. On va agrémenter ça avec du fromage et de l’huile. Et le matin on ne lésine pas. On mange pas mal de beurre de cacahuète. Le midi c’est plutôt des sandwichs. On mange froid parce qu’on est sur la route. Pour une balade à vélo on en mangerait un, là on en mange 2.

Finalement on est des cyclistes comme les autres qui mangent juste beaucoup.

Solal et Léo soulèvent leurs vélos
Léo & Solal à leur arrivée au Cap Nord

Cyclofix : Comment vous êtes- vous adapté aux températures que vous avez rencontré ?

Solal : Le voyage à débuté en mars dans le sud de l’Europe. De mars à mai on a rejoint la Méditerranée. C’était le  printemps, il ne faisait ni trop froid, ni trop chaud. On a connu ponctuellement des moment où il a fait très froid. 2-3 jours de neige. Mais c’était vraiment rare. À ce moment-là, le plus embêtant, c’est le froid ressenti au niveau des mains. Mais bon, sachant qu’on partait pour 6 mois on avait des pulls, des polaires …

Léo : Quand on a rencontré de la neige, il nous est arrivé de devoir descendre de nos vélos et les pousser, mais on n’est pas des aventuriers de l’extrême. On s’est arrangés pour faire le sud au printemps et le nord en été. L’inverse aurait été compliqué, on aurait commencé par du moins 20° pour finir sur du 35°. On était dans une logique climatique.

Cyclofix : Ce tour d’Europe à vélo a-t-il changé quelque chose dans votre relation ?

Solal : Dans ce genre de voyage. Il faut savoir prendre sur soi. On a connu de francs moments de rigolade, mais aussi quelques galères, et des moments compliqués. Finalement, après tout ce temps passé ensemble, on a une relation plus familiale qu’amicale.

Cyclofix : Pour finir vous auriez des conseils à donner à quelqu’un  qui voudrait se lancer plusieurs mois dans un voyage à vélo ?

Léo : La plus grosse difficulté d’après moi, c’est qu’on vit littéralement dehors pendant un bon moment. Le meilleur conseil que je puisse donner c’est d’accepter l’idée de se détacher de son confort.

Solal : Le temps, la météo, le rythme du soleil génèrent notre propre rythme. Il faut savoir si on se sent capable de vivre comme ça. En soi, pas besoin d’être un pro du guidon pour ça. Mais psychologiquement ça va beaucoup jouer. En dehors de ça, il y a 100 000 manières de voyager à vélo. Il suffit de s’écouter et d’avancer à son rythme pour y parvenir.

Solal & Léo vous invitent à les rejoindre pour la fin du périple

Solal et Léo sont actuellement à Hambourg. Vous pouvez les y retrouver pour terminer le voyage jusqu’en France  avec eux. Vous ne pouvez pas les rejoindre tout de suite ? N’hésitez pas à les contacter par message privé sur Instagram. Ces baroudeurs se feront un plaisir de vous indiquer où et comment les retrouver.

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