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On a traversé la France à vélo

Temps de lecture : 22 minutes

Lors de l’été 2017, Guillaume, Graphiste/Community Manager chez Cyclofix et son acolyte, Laurent, se sont lancés le défi de traverser la France à vélo. Rejoindre Perpignan depuis Paris en traçant plein Sud. Seine Et Marne, Loiret, Nièvre, Cher, Allier, Creuse, Corrèze, Lot, Lot et Garonne, Haute Garonne, Ariège et enfin les Pyrénées-Orientales, soit 1200 Km en 13 jours avec leurs 2 Cyclotouring de 45 Kg.

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JOUR 1 // PARIS, GAMBETTA, 20ÈME (Paris) > NOISY-SUR-ÉCOLE (Seine-et-Marne) – Étape : 80 Km – Total : 80 Km

Qui dit première étape dit premiers coups de pédale et un enthousiasme à toute épreuve. Il est 8h30 quand nous démarrons officiellement notre traversée de la France à vélo. Plus de 1200 Km sur nos randonneuses. Verdict à la pesée, 45 Kg, tout de même ! Objectif de la journée, atteindre la forêt de Fontainebleau avant la fin de l’après-midi. Sortir de Paris est d’une facilité déconcertante, du goudron lisse, un dénivelé inexistant, un léger vent dans le dos, des conditions qui nous poussent à avancer efficacement. Nous dépassons Créteil dans les premières quarante minutes. Les premiers paysages en portes de Paris, ne sont pas des plus diversifiés. Des tours de béton, dressées, strictes, des rocades et leurs voitures toujours aussi pressées et énervées de croiser un cycliste sur le bord de la route. Qu’importe nous roulons tête baissée vers Montgeron. En ce 23 juillet 2017, Montgeron accueille la dernière étape du Tour de France. Nous ne faisons rien comme tout le monde, ils arrivent à Paris, nous quittons la Capitale. Nous croisons sur place beaucoup d’amateurs qui par passion arpentent les mêmes routes et négocient les mêmes virages qu’attendent leurs idoles quelques heures plus tard. L’après-midi arrive vite, on ne s’ennuie pas quand on pédale. Nous roulons à 20 Km/h de moyenne malgré le vent de face et quelques orages succincts. Il est 18h30 quand nous arrivons à destination. La forêt ne nous offre, malheureusement aucun spot pour la nuit, tout est clôturé et ou surveillé. Nous céderons au croisement d’un camping à Noisy-Sur-École.

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JOUR 2 // NOISY-SUR-ÉCOLE (Seine-et-Marne) > SULLY-SUR-LOIRE (Loiret) Étape : 85 Km – Total : 165 Km

Il y a des jours comme ça, où l’on sait que l’on va galérer. Debout 7h après une nuit humide et un ciel orageux. Nous quittons Noisy-Sur-École, reposés, mais les jambes lourdes, traumatisées des premiers efforts pour s’arracher aux griffes de la capitale. La température n’arrange rien à l’affaire, 10°C seulement en ce 24 juillet. Un «Fog» ambiant pose l’ambiance, donnant des airs de forêt de Brocéliande à Fontainebleau. Aujourd’hui nous roulons vers La Loire. Son fleuve offre en bordure, une route cyclable, lisse et libre de voitures sur plus de 800 Km. Les premiers kilomètres commencent par un détour. Le ton est donné, cela va être une journée difficile. Le panorama proposé est à l’image de notre journée et de sa météo. Gris, fade et froid. Des kilomètres pédalés sous le thème du «vent dans la gueule, départementales et champs en friche». Nous parvenons à Sully-Sur-Loire aux alentours de 18h30, après 85 Km et près de 09h de bicyclette. Une étape signée sous la pluie. Nous trouvons facilement un spot pour la nuit, en bord de Loire, à l’abri d’un arbre. Premier bivouac sauvage !

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JOUR 3 // SULLY-SUR-LOIRE (Loiret) > POUILLY-SUR-LOIRE (Nièvre)
Etape : 85 Km – Total : 250 Km

7h40 sonne le réveil de cette 3ème étape et nouvelle journée de traversée. La nuit à été calme et salvatrice, et pour la première fois, la météo est prometteuse. Nous décollons pour 09h. Cette étape est en tout point différente des deux précédentes. Les quarante premiers Kilomètres déroulent un goudron lisse en bord de Loire où seul le «ronron» de nos pneus se fait entendre, pas de voitures, le pied. Le paysage lui aussi diffère, nous croisons d’énormes centrales nucléaires. Elles trônent, maladroitement dressées sur la Loire et crachent dans le ciel, des nuages de cotons. Nous traversons les premières régions viticoles, étant originaires du Sud et donc, amateurs de vins, nous ne passerons pas à côté d’une dégustation. Un sudiste aurait dit «Peu importe la dégustation, pourvu qu’on puisse y boire du vin.» C’est dans cet esprit que nous rejoignons «Sancerre», terre du vin blanc. À flanc de colline, ses vendanges sont connues comme étant physiques et donc difficiles. On y trouve des parcelles à plus de 45° d’inclinaison. L’accès au vieux village ne déroge pas à la règle, nous arpentons une ruelle de ce niveau là, les jambes chauffent, les cris fusent, voici notre premier col. Nous serons récompensés par un ballon de vin blanc sec bien frais sur une terrasse noyée de soleil. 70 Km sont passés seulement et plus de 250 depuis le début de l’aventure et mon genoux gauche se réveille.. Chaque coup de pédale résonne dans mes jambes, nous optons, après 85 Km pour une nuit reposante dans un camping dans le village de Pouilly-Sur-Loire. Demain nous devrons nous ménager.

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JOUR 4 // POUILLY-SUR-LOIRE (Nièvre) > CUFFY (Cher)
Etape : 60 Km – Total : 310 Km

Aujourd’hui, c’est journée «récupération». Il faut savoir se ménager pour durer. Mes genoux ont faibli sur l’étape précédente, et une grasse matinée est toujours un bon remède à la douleur. Debout 09h30, et départ a 11h après un réglage de ma selle ainsi que de mon guidon. Quand vous faites du vélo, des douleurs peuvent apparaitre. Il ne faut surtout rien laisser au hasard. Une douleur en bas du dos ? et c’est votre guidon qui est trop bas ou votre selle trop haute. Une douleur dans les genoux ? cette fois-ci, c’est votre selle qui est trop basse. Une fois votre vélo bien ajusté, le corps fera le reste, si vous vous y êtes pris assez tôt, bien entendu. Une fois ces ajustements derrière nous, nous filons doucement mais sûrement vers «Nevers», nous avançons en mode «décrassage», c’est-à-dire que l’on mouline plus que l’on avance. Un bon moyen d’éliminer tout l’acide lactique concentré dans les muscles. Il est préférable d’éviter des contractures et ou des courbatures inutiles! Avec cette étape nous finissons «La Loire à vélo». La piste est toujours aussi lisse et plate, nous y croisons des centaines de cyclistes de tout âge. Nevers sera la ville du ravitaillement en barre de céréales et autres pâtes de fruits. Il est important de prendre soin de notre corps et de bien contrôler son apport en sucre et autres minéraux. Nous ne manquerons pas non plus de nous arrêter en bord de Loire chez le maraicher pour récupérer des abricots, tomates, et du pain de campagne. Il est plus de 18h quand nous arrivons au «Km 0» de la «Loire à vélo». La rivière «Allier», 2 Km plus loin, nous offre une chambre avec vue pour la nuit.

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JOUR 5 // CUFFY (Cher) > MONTLUÇON (Allier)
Etape : 90 Km – Total : 400 Km

Ce matin, on est motivés, reposés, mon genoux à pleinement récupéré, et nous mangeons de plus en plus sainement, ce qui nous donne de belles armes face aux kilomètres. Notre objectif de la journée se nomme «Montluçon» et il n’est pas la porte à côté. 07h30, départ humide et ventre vide. A partir d’ aujourd’hui nous mettons en place «le café mérité». Le principe est simple, vous partez avec un fruit, et une barre dans le ventre, et vous roulez jusqu’au prochain café et là, vous vous restaurez. Cela permet d’avancer efficacement. 05, 10, 15, 20 Km passent, et on vient à penser «faut-il tuer quelqu’un pour avoir un café ?!». On en viendrait à regretter cette nouvelle règle matinale. C’est complètement mouillés mais à sec de sucre que nous arrivons dans le petit village de «Le Verdre», petit patelin encore endormi à notre arrivée. Le petit déjeuner avalé et quelques courses de faites, nous voilà repartis vers notre destination. Le massif central prends racine dans l’Allier et nous commençons à le sentir. On monte, on monte, et on descends, peu mais assez pour remonter juste derrière, rythmés par le flots des voitures et camions qui nous frôlent à toute allure. Nos oscillations nous mènent toujours plus haut ce qui nous vaudra une sacré descente et une vitesse record de 62 Km/h, moment d’euphorie totale ! 90 Km sont passés, difficilement, certes, mais dans un dynamisme à toute épreuve. Montluçon nous offre son hospitalité, premier hôtel et premier restaurant de l’aventure.

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JOUR 6 // MONTLUÇON (Allier) > LAC DE LAVAUD-GÉLADE (Creuse)
Etape : 110 Km – Total : 510 Km

La nuit d’hôtel a eu son petit effet. Rien de tel pour bien récupérer à mi-parcours. Nous commençons une nouvelle journée, à bloc, et pas des moindres. Aujourd’hui nous visons le «parc naturel de Millevaches» en Limousin, dans le département de la Creuse. Parc connu pour ses multiples vallées, ses grands lacs d’altitude, et ses routes en lacets et montagnes russes…La sortie de Montluçon est sportive et matinale, nous voilà sur du 7% à 08h30 du matin, ce sera la première vallée d’une longue série. «Serviat» nous accueille pour un café après nos premiers 20 Km. La Creuse n’a pas de creux, que le nom. Elle propose des descentes vertigineuses et des montées redoutables. À 13h30, grâce à un rythme soutenu, nous franchissons la barre des 50 Km, pris de confiance, on a tapé dans le gras, on a explosé le compteur. C’est dans cet esprit que nous débarquons dans le village d’Aubusson, en bordure du parc de Millevaches. Nous voilà prêts à en découdre, et nous sommes bien reçus. Les paysages sont magnifiques, les villages coincés dans le temps, ont des allures d’époque médiévale, des arbres centenaires en bords de route, et une omniprésence du vert sur un ciel bleu azur. Le contraste est saisissant et nous gonfle à bloc. Notre journée se termine dans la douleur et la fierté des kilomètres avalés. Nous avons réussi à rejoindre le Lac, il est magnifique. il règne ici un silence reposant, l’air y est pur et frais, nous voilà après 110 Km à 800 m d’altitude.

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JOUR 7 // MONTLUÇON (Allier) > BAR (Corrèze)
Etape : 80 Km – Total : 590 Km

Ça y est, une semaine que l’on a enfourché nos vélos, une semaine de routes, de chemins, de voitures, de pluies, de vents, de soleil, de paysages grisants parfois et la plupart du temps magnifiques. 7 jours de selle et près de 600 Km dans les “guibolles”, autant de sueur que de limites repoussées. Je ne vous le cache pas, nous ne sommes pas peu fiers du chemin parcouru, mais la route est encore longue et pleine de surprises ! Ce matin, nous avons les traits marqués de l’étape de la veille, mais le mental est là, aujourd’hui nous traversons le parc naturel de Millevache ! Nous avalons, les 20 premiers kilomètres en 1h30, le trajet est loin d’être simple, mais nous avons faim de goudron, rien ne nous arrête si ce n’est notre estomac aux alentours de 13h30. Dans l’après-midi, les villages s’enchainent, nous montons le dernier plateau, le dénivelé y est rude mais la récompense est énorme, car c’est la sortie du parc qui se dessine devant nous, 40, 50 puis 60 Km/h et les villages continuent de filer, nous descendons près de 20 Km. le village de «Bar», sera notre hôte pour la nuit. Un nom tout trouvé pour prendre l’apéro en bord de rivière «Corrèze». Demain nous finirons la traversée de la magnifique région du Limousin.

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JOUR 8 // BAR (Corrèze) > GRAMAT (Lot)
Etape : 100 Km – Total : 690 Km

09h00, le départ est donné, nous quittons notre plage d’un soir pour rejoindre le département du Lot, et parc naturel Régional des Causses du Quercy. Un parc pour un autre ! Du bon dénivelé en perspective… Le massif Central n’a cessé de nous étonner. Ce matin, nous prendrons le café dans la ville de «Tulle», 14 Km plus loin de notre bivouac. La course vers le café, se fait dans la douleur, les yeux encore collés nous avalons 7 km de montée en lacets qui nous vaudra un détour et près de 3/4 d’heure de perdu mais qui aura eu l’avantage de nous remonter à bloc. Tulle se situe au coeur de la vallée, jonchant la rivière «Corrèze». La descente y est dangereusement bonne… quelle joie ! de courte durée, car à vélo, tout ce qui est descendu, doit être remonté derrière et nous le savons bien… Une belle nationale nous attends, étendue sur 10 Km et 10% d’inclinaison. Nous peinons dans la montée, et les voitures passent sans même nous voir, le danger se mesure à chacun de leur passage. Aux alentours de 13h, la chaleur, se fait sentir. Toujours bien s’hydrater, c’est vital à vélo, nous avalons des litres d’eau jusqu’à notre arrivée à «Beaulieu Sur Dordogne» 40 Km plus loin. 14h déjà, et nous voilà jetés, à peine les vélos posés, dans la rivière «Dordogne», fraîche et d’huile, un vrai régal. 1h plus tard, requinqués nous arpentons l’asphalte avec le Quercy en ligne de mire. L’entrée du causse se fait par une troisième montée, plus courte, certes, mais plus «épicée»… À ce moment mes jambes accusent le coup, 80 km depuis ce matin, et il n’est pas 17h. Le village de Gramat au coeur du Causse, sera notre refuge pour une bière et un restaurant bien mérité. On fait le plein et on se dore le moral. Toujours bien prendre soin de son mental dans les moments difficiles. Sur la route du bivouac, nous tombons sur les joyaux du Causse, le «Rocamadour». Petit fromage frais de chèvre. Un vrai délice, prisé à travers le monde. Nous dévalisons la bergerie. Il est près de 21h quand nous trouvons un lieu discret pour cette nuit.

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JOUR 9 // GRAMAT (LOT) > MONTPEZAT (Lot Et Garonne)
Etape : 90 Km – Total : 780 Km

Une nuit au milieu des chênes truffiers en plein parc Naturel régional des Causses du Quercy et nous voilà à nouveau, une fois n’est pas coutume, sur nos vélos à la recherche du café du matin. Un rituel que l’on s’est imposé depuis 4 étapes maintenant. Ce matin ne déroge pas à la règle, nous mettons 35 Km à trouver un café ouvert. La région souffre du manque de passage et beaucoup de communes ont vu leurs commerces fermer les uns après les autres. Il est près de 12h quand nous avalons enfin notre premier café. Il y a des signes qui ne trompent pas. Nous sommes plus que jamais dans le Sud, les cigales, le poids du soleil, le ciel bleu… quel bonheur de pédaler chez soi. C’est à toute vitesse que nous sortons du Causse de Quercy, Destination Cahors, terre de vins ! Nous explosons les kilomètres, 55 Km en seulement trois heures. Les rives ombragées du Lot s’ouvrent à nous pour une pause déjeuner. Demain nous serons à Toulouse, des amis nous accueillent pour l’occasion. La moindre des choses est de passer à la cave pour leur ramener un peu de vin de Cahors. Les courses faites, nous voilà repartis au milieu du trafic touristique. Le contraste avec le trafic du Causse est intense. Nous quittons sous près de 35°C, Cahors, les montées sont particulièrement difficiles avec ces températures. Nos montures ruissellent de sel et nous donnons tout pour rejoindre Montpezat. À sec, aux alentours de 16h, nous faisons une halte chez un couple de retraités Belge, croisés au coin d’un cimetière. Les cimetières sont une source inépuisable d’eau potable. Montpezat approche, mais à vélo, une surprise peut en cacher une autre et nous voilà à nouveau à l’arrêt dans un relais moto magnifique. Le patron nous fait un prix pour y planter la tente, manger et profiter de sa piscine. Nous voilà fin prêt pour rejoindre Toulouse et enfin l’examen final, les Pyrénées !

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JOUR 10 // MONTPEZAT (Lot Et Garonne) > TOULOUSE (Haute-Garonne)
Etape : 100 Km – Total : 880 Km

Le soleil de la veille nous a donné une leçon. Aujourd’hui on se lève avant lui. 06h30, nos vélos sont prêts et nous voilà sur la route. Destination Toulouse ! Depuis le début, nous attendons patiemment cette étape qui marque le début de la fin de la traversée. Pas que nous ayons envie que l’aventure s’arrête, mais pour se dire que nous avons réussi ! 100 Km sont prévus aujourd’hui, essentiellement vallonés jusque Montauban, puis clairement plats, avec des airs de Loire jusque Toulouse. Il est 10h10 quand nous nous arrêtons pour une pause à Montauban. Toulouse est au bout de la pédale. Le sol est lisse, plat, très plat, notre vitesse moyenne avoisine les 25 Km/h. Peu après 11h30, nous croisons par surprise un canal, tout porte à croire qu’il se dirige droit sur Toulouse. Un check de reconnaissance, il file en effet vers notre destination. Ni une, ni deux , nous retrouvons notre vitesse moyenne et ça trace sec. 20Km plus loin, moins d’une heure est passé, une autre passe et nous voilà au pied du Capitole. Une place immense au coeur du centre ville de Toulouse. Nous célébrons notre arrivée par une photo souvenir devant le théâtre ainsi qu’un falafel bien mérité. Le repos est de courte durée, à 14h nous revenons sur nos pas pour passer la nuit chez nos amis à Blagnac.

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JOUR 11 // TOULOUSE (Haute-Garonne) > LAC MONTBEL (Ariège)
Etape : 120 Km – Total : 1000 Km

Cette soirée à Toulouse à été réparatrice. Nous sommes arrivés peu après 14h, ce qui nous a donné l’avantage sur le temps. Repos et apéro l’après midi avec nos amis, puis le bonheur du confort retrouvé ! Une douche, et la douceur du matelas, ne pas monter sa tente et ne pas la démonter au matin. C’est donc légers et propres que nous partons. Nous avons en tête qu’il ne reste plus beaucoup de temps avant la fin. Dans 2 jours, l’aventure s’achève, il reste néanmoins 300 Km à parcourir. Nous partons, à regrets, un peu tard ce matin, 10h sonne et nous sommes sur la route vers les Pyrénées. Le trajet est à l’image de cette dernière semaine, une France vallonnée, qui monte, qui descends au gré des champs de maïs, de tournesols. Nous peinons sur ces vallons, plombés par une chaleur accablante. S’il y a bien une chose à retenir, c’est qu’au zénith, le soleil n’offre pas d’ombres. Notre retard est conséquent et nous ne pouvons pas nous offrir le luxe de faire une pause. La température nous transforme en passoire, l’eau passe du gosier à notre peau en quelques tours de roues. Accablés, nous déroutons, perdons la trace, et nous voila, grimpant un lit de rivière en bordure d’autoroute de plus de 60° d’inclinaison, vélos sanglés au bassin, cette journée est sans doute, la plus difficile. Mirepoix se fait désirer, il reste encore 35 Km et il est déjà 16h30. Notre bivouac, se trouve lui, à 55 Km. Les derniers Km se font dans le silence total, la tête dans le guidon, les yeux sur les lignes blanches, on roule, lessivés sur de la nationale touristique. Rien de plus dangereux, mais les kilomètres n’attendent pas. Le Bivouac se fait comme prévu au Lac Montbel, au pied des Pyrénées Ariégoises. L’étape de demain est notre grand examen, 120 Km, 2000 m de dénivelé, 4 cols et l’arrivée au Pays, Font-Romeu, Pyrénées Orientales.

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JOUR 12 // LAC MONTBEL (Ariège) > FONT-ROMEU (Pyrénées-Orientales)
Etape : 120 Km – Total : 1120 Km

Cette étape est la mère de toutes les étapes, l’étape où l’on teste les 11 premières ainsi que notre progression physique et mentale, une sorte de fin de diplôme en mode vélo. Aujourd’hui on rentre chez nous, dans nos chers et tant attendus Pyrénées-Orientales. 4 cols, 3 départements, plus de 120 Km dont 80 en montée nous séparent de notre destination. Ce matin, nous savons ce qui nous attend, nous nous levons en conséquence à 6h30, après une nuit courte et humide. On est en canne et remontés à bloc, un café envoyé, nous voilà au pied des premiers cols Ariégois. Belesta, au coeur de la vallée, se trouve à 400 m d’altitude.. Le col de «La croix des morts», charmant titre pour cette mise en jambe, se trouve à 898 m, nous le passons, doucement mais sûrement. Le plateau de Sault se dévoile tranquillement et l’astre royal fait une apparition, comme à son habitude, remarquée. Il tape et c’est dans la douleur et la suinte que nous atteignons le «col de la Chioula» culminant à 1431 m. La récompense est grande, 600 m de pentes. Nous atteignons rapidement les 65 Km/h, record de vitesse, la joie est immense, nous poussons des cris au milieu des forêts de pins, galvanisés comme jamais par l’air frais, le soleil, l’odeur de la forêt sous le soleil… 10 minutes passent et nous voilà de nouveau à la peine, sur les routes du col de tous les cols, «Pailhères», 2001 m. Le dernier mètre est important, car il définit le col dans son ensemble. On y grimpe dans la difficulté, 7% de moyenne, jusqu’à son dernier mètre. 3 heures d’efforts, pignon 1, vitesse 1, 5 Km/h de moyenne, les dents serrées, on mouline, on transpire, on rigole de fatigue et on s’encourage. Plus on grimpe, plus ça pue le respect, les gens se demandent ce que nous faisons là avec nos drôles de vélos. Ils ne sont pas les seuls… Ils nous encouragent et nous félicitent et c’est coup de pédale après coup de pédale que nous passons le col dans une joie et une fierté intérieure incomparable. Nous l’avons fait, nous avons passé l’examen final, non sans douleur mais le mental à suivi et nous avons réussi. 19h30, et nous voilà sur l’autre versant, en pleine descente, 1000 m en 15 minutes, les Pyrénées Catalans en toile de fond. Notre foyer nous ouvrent les bras, Quérigut est en face, et ça grimpe à nouveau… Néanmoins, emballés par notre arrivée imminente, nous avons commis une erreur de débutant. Nous n’avons regardé la topographie des lieux que jusqu’au sommet du dernier col, pensant bêtement, que de 2000 m à 1600 m, il n’y a qu’un pas.. C’est ce qui s’appelle sous-estimer nos chères Pyrénées… et elles nous le font payer. Nous sommes à bout de fatigue, le moral et le mental en berne face à l’inattendu. Un dernier col nous séparant du panneau «Pyrénées-Orientales».. Il nous reste l’option d’un bivouac improvisé, mais nous avions en tête l’arrivée au chalet depuis hier matin… la déception est profonde. Dans un moment de lucidité, je mets mon orgueil de côté. Je mise sur la possible arrivée d’un camion pouvant nous dépanner de quelques kilomètres… La providence ? Un camion passe justement et à son volant ? un moine. Nous ne sommes pas croyants mais la coïncidence, avouez le, est drôle. Nous voilà pris en stop, en route vers Matemale, 30 Km plus loin. Ce moine ne le sait pas, mais il nous a fait le plus beau des cadeaux. Il nous a remis sur les rails, destination ? Confort ! Le frère de Laurent, mon camarade de route, attends à Matemale pour nous suivre en voiture dans les derniers kilomètres. Il nous allège de nos sacoches, et nous roulons ainsi, à vide, pour la première fois depuis 12 jours. Nous filons comme le vent au milieu des vallées que nous connaissons par coeur. Quel bonheur de pédaler sur ces routes. 23h30 sonne la fin de cette étape de dingue..

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JOUR 13 // FONT-ROMEU (Pyrénées-Orientales) > THUIR (Pyrénées-orientales)
Etape : 80 Km – Total : 1200 Km

Voilà, l’aventure se termine. C’est le dernier matin, nous sommes le 04 août et nous sommes à la maison. On prend notre temps. Lors d’un tel voyage, on apprend à apprécier les plaisirs les plus banals que la vie nous offre. Un déjeuner à table, des tartines, un café. On prépare nos montures une dernière fois, sous le soleil et l’odeur de sapin que l’on trouve en altitude. Il n’y a plus qu’à filer sec vers notre village d’enfance, Thuir. Nous sommes à 80 Km de la fin de cette aventure, physique et mentale, mais avant tout magnifique et riche d’expériences. Font-Romeu est une station climatique internationale. L’air y est pur et l’ensoleillement exceptionnel. Les sportifs du monde entier s’y pressent avant les grandes compétitions. Personnellement, c’était plus pour le ski que je m’y rendais. La chose à savoir sur le trajet pour Font-Romeu depuis Perpignan est que la seule route d’accès est une nationale qui grimpe pendant plus de 60 Km. Nous attendons donc avec impatience et appréhension de la descendre depuis le début du voyage.. Depuis petit, nous rêvons de pédaler à toute vitesse dans ces virages. C’est aujourd’hui que nous réaliserons ce modeste rêve. Ainsi, nous dévorons les kilomètres, 60 Km/h de moyenne, et en 1h nous voilà logiquement, 60 Km plus bas. Cette descente à tenue toutes ses promesses. Vitesse, lacets, vue imprenable, goudron lisse, un bonheur pour tout les deux roues. Nous déjeunons dans la ville fortifiée de «Villefranche de Conflent». Nous rejoignons, finalement Thuir à 17h avec une vitesse moyenne record de 35 Km/h.

On a peine à y croire, et la joie est immense, nous l’avons fait. Il y a 13 jours, nous quittions notre arrondissement Parisien, et nous voilà 1200 Km plus tard, à Thuir, dans ce village qui nous a vu grandir. 1200 Km difficile et autant de rencontres, de galères, de soleil, de pluie, de vent de face, de dos, de côté, de montée et bien sûr de descentes. Du bonheur et une belle leçon de vie. Tout est possible du moment que l’on s’en donne les moyens. Si on a un objectif et que le physique suit, le mental fera le reste. Le corps humain est capable de grandes choses quand on l’y pousse. Le vélo est un plaisir et doit le rester mais c’est une surtout une école de la vie, un engagement sportif, responsable, durable et écologique. Une mécanique simple et efficace qui permet de faire de courts trajets comme les plus beaux voyages. Ils vous ouvrent les portes de grandes aventurent à moindres frais et un tas d’histoires inoubliables…

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